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LIVE REPORT HELLFEST 2018

Avertissement :

Ce petit reportage n’est pas écrit par un true blackeux qui porte un T-Shirt Abbath en écoutant Dissection au p’tit déj ni par une adolescente sur-émotive fan de Bullet for my Valentine. J’ai l’âge et les goûts qui sont les miens… Bientôt 40 ans, et grand amateur de Death, d’Obituary ou de Satyricon. J’écoute énormément de metal mais pas uniquement, loin de là ! Donc, aux yeux de certains aficionados et spectateurs réguliers du Hellfest, je pourrais bien avoir raté mon festival. En effet, je n’ai pas vu Benighted, j’ai raté Meshuggah, je n’ai pas pu voir Dimmu Borgir, ni Iron Maiden  (bon, je les avais déjà vus lors d’une précédente édition) ou Marylin Manson et j’ai dû partir avant Septic Flesh…

Mais sur 150 concerts et quand on ne peut pas rester les 3 jours entiers on est obligé de faire des choix ! A chacun son parcours et son festival.

Me voici donc arrivé pour cette 13eme édition du festival clissonnais avec ma seule curiosité comme fil directeur et le bar de l’Altar comme point de repère !

Et au final, même s’il me fut impossible d’assouvir toute mes envies de découvertes, sur 22 concerts en deux jours et demi, si je n’ai certes pas forcément apprécié tous les groupes, je suis tombé sur certaines pépites scéniques et musicales… Let’s ride to hell !



Vendredi 18h35, Temple, mise en jambe avec Mysticum

J’arrive sur le site pile pour le début du concert de Mysticum. Des rythmes saccadés, une boîte à rythme qui rappelle Asian Dub Foudation, entrecoupés de blast sombres et industriels qui se marient avec des hurlements bien death. Certains passages atmosphériques synthétisants laissent le temps à l’oreille de digérer ce qu’elle vient d’encaisser. Alors le black metal industriel, c’est pas trop ma came, mais il faut bien avouer que scéniquement, ça en jette. Le trio norvégien basse/guitares joue perché sur des prismes noirs de 3 à 4 mètres de haut, sur lesquelles flottent des projections animées de pentacles, de têtes de bouc, d’aigles… Bref, c’est industriel comme Rammstein, mais plus rapide, plus violent et… norvégien.


Vendredi 19h40, Altar, on enchaîne avec Carnivore AD

Un vieux groupe de trash des années 80 qui compte seulement 2 albums ! On est dans le vrai old school, avec une lead guitar qui sonne comme celle de Kerry King, le mythique guitariste de Slayer… Pas une grosse révélation mais ça fait le job en concert ! Ca moshpit sévère sous l’Altar transformé en incubateur à 28°C


Vendredi 21h50, Altar, Suffocation

Après être passé voir les Svinkels à la Warzone pour « réveiller le ponk qui est en moi », retour à l’Altar pour une session d’ultra-brutalité avec Suffocation. Du brutal death technique à la Vader… Le sol tremble, les blasts s’enchaînent. C’est pas très très mélodique et la batterie descend rarement en-dessous des 280 BPM…

Les amateurs de Dying Fœtus ou Decapitated y trouveront leur compte. Pour ma part, ça y est, j’ai les oreilles bien échauffées pour la suite. Ils sont sur le podium de la brutalité dans ce fest.


Vendredi 22h50, Temple, Satyricon 

Les légendaires Satyr et Frost sont revenus en terre clissonnaise cette année pour nous gratifier d’un concert propre de chez propre. Satyr, élégant comme toujours, harangue ses fans et c’est parti pour une session de black’n’roll bien senti. « Our world rumbles tonight », « Deep calleth upon deep »… La set-list n’est pas la même que celle du concert de la Barakason de Rezé en Octobre 2017 mais un concert de Satyricon sans Mother North reste inimaginable… Oooooohooooh ho, Oooooohooooh hoho !


Vendredi 01h00, Mainstage 2, A perfect circle

Arrivé à cette heure avancée, je m’aperçois qu’il y a de l’alcool dans la bière que l’on sert au Hellfest. Les brasiers de sarments se consument depuis que la nuit est tombée et la Mainstage est noire d’une foule venue assister à un grand show de Perfect circle, groupe de rock alternatif que je ne connais absolument pas, qui propose des morceaux mélodiques et progressifs sonorisés aux petits oignons, emmenés par le chanteur de Tool. Après m’être renseigné, A Perfect Circle revendique The Cure dans leurs influences. Ca se sent ! En tout cas, après Suffocation, cette pause mélodieuse fait du bien aux oreilles. Et bizarrement, je repartirai du Hellfest 2018 avec la chanson « So long and thank you for all the fish » en tête.

« Time is money and money is time, we waste it every second time… and plastic surgery ! » J.



Samedi 12h15, Temple, Hantaoma

Hantaoma, c’est le side projet metal d’un autre groupe de folk pyrénéen Stille Volk. Originaire de Tarbes et de Lourdes, ce groupe compte deux albums au compteur et se trouve au rayon « occitan pagan metal » dans les bacs si vous aimez les étiquettes ! Des refrains en chœur avec des voix à la fois sombres et claires, une vraie voix black metal pour les couplets qui traitent de sorcellerie, avec des mélodies traditionnelles accompagnées de flûte et de violon… Une belle prestation de pagan chantée en occitan. « Las trebas del castel » reste le tube du concert !


Samedi 16h00, Valley, Ho99o9

Déjà, prononcer Horror. Complètement inconnu pour moi, on m’a dit, « Vas-y tu vas voir, ça vaut le coup d’œil ». United States of Horror, sorti en 2017, est donc le premier album de ce duo de 2 rappeurs noirs qui mijotent une drôle de cuisine hip-hop-transe-punk-hardcore. Le chanteur, main gantée de façon effrayante, psalmodie derrière une touffe d’épaisses dreadlocks. Le batteur s’en donne à cœur joie, les samples font le reste. Violences policières, gangs, racisme, Ku Klux Klan, misère américaine profonde… Autant de thèmes abordés dans leurs textes servis par une énergie phénoménale. Paradoxalement, il aura fallu que j’aille voir un groupe de hip-hop pour assister à un vrai solo de batterie old school en bonne et due forme dans ce fest !


Samedi 16h45, Temple, Heilung

Esotérique, mystique, chamanique… Ceux qui, l’an passé au Hellfest 2017, avaient assisté au concert de Wardruna ont sans doute eu l’occasion de se retrouver devant Heilung, groupe danois qui propose un concert à l’atmosphère similaire. Ossements, prières, incantations nordiques, bois de cerfs, percussions tribales... A noter que, contrairement à Wardruna, certains morceaux peuvent être cependant un peu plus guerriers voire agressifs, mais un concert de Heilung reste une expérience inoubliable à la rencontre des esprits du Grand Nord.


Dimanche 12h15, Temple, Au-dessus

Des sweats avec des capuches XXL. Des ombres de musiciens qui se découpent au milieu des spots qui vous rendent épileptiques. On est bien chez les Acteurs de l’Ombre, label spécialisé dans le post-black dépressif et violent. Des nappes glauques et funèbres soutiennent une voix screamo qui arrache le cerveau des festivaliers qui commencent à fatiguer légèrement. Pour ceux qui aiment « Regarde les hommes tomber », Au-dessus est un groupe dans la même veine… ! Quant à ceux qui veulent les suivre d’un peu plus près, vous pourrez retrouver les groupes produits par Les Acteurs de l’Ombre à l’occasion du festival qu’ils organisent à Nantes (Doulon) au début du mois d’octobre 2018 !


Samedi 21h50, Valley, Dead Cross

« Parlai Italiano? Perche I don’t speak Francese »… Ainsi Mike Patton a fait venir sur scène un petit garçon vêtu de son perfecto noir brillant qui arborait les 4 lettres rutilantes de KISS. Et le chanteur de Faith No more a fait chanter cet enfant de 8 ou 9 ans avec lui. Alors Dead Cross, c’est Fantomas en un peu plus mélodique mais toujours aussi perturbant et décousu. L’association entre Mike Patton, débarqué pour l’occasion en chemise hawaïenne saumon et Dave Lombardo, ancien batteur de Slayer, fonctionne à merveille. Les amateurs de morceaux foutraques et savants d’apparence déstructurée y trouvent leur bonheur. La prestation scénique est à la hauteur du statut quasi légendaire qu’ont acquis les 2 comparses après bientôt 30 ans de carrière. Bon, Mike Patton n’aura pas pu s’empêcher de lancer une petite pique sur Johnny Depp et Hollywood Vampires… Mais qu’il est taquin ce Mike !


Dimanche 13h35, Temple, The Great Old Ones

Même ambiance dark atmosphérique à la fois progressive et violente que le groupe précédent. Mais là les références sont chtoniennes et lovecraftiennes. Les 4 grands anciens qui nous viennent de Bordeaux honorent, l’espace de trois quarts d’heure, les divinités de Chtuluh… Une bonne claque quand on ne les a jamais vus en concert !


Dimanche 16h40, Warzone, Les Shériff

Pour les nostalgiques du rock français alternatif comme les Négresses Vertes ou La Mano Negra, les Sheriff étaient là pour proposer un set sympathique et un peu de fraîcheur au milieu de tout ce « black metal de gros méchants » devant une Warzone pleine à craquer qui circle pit en pleine poussière ! « Mais qué pasa, qué pasa aqui ? », « Fanatique de télé »… Comme un retour dans le temps, 20 ans en arrière. Du bon vieux rock garage qui rappelle les Ramones mais en Français !


Dimanche 17h35, Valley, Zeal and Ardor

Alors là, c’est une grosse claque. On ferme les yeux et on a l’impression que c’est Nina Simone au micro. Le concert démarre doucement comme un negro spiritual, agrémenté de bruits de chaînes qui tintent et d’anneaux qui ne sont pas sans rappeler la traite négrière et l’esclavage. Et puis ça part en vrille méga-bourrin black metal. Puis ça se recalme. Zeal and Ardor souffle le chaud et le froid. Manuel Gagneux, chanteur guitariste suisse à coupe afro, venu présenter  son dernier album « Stranger Fruit », sorti cette année, propose une musique savante et inédite qui alterne entre accalmies gospels mélodieuses et dépassages outranciers de décibels.


Dimanche 18h25, Temple, Batushka

Au loin, sur l’écran de la Mainstage, on voit Alyssa White-Gluz de Arch Enemy enflammer la foule. Mais dans la Temple, c’est une toute autre ambiance ! Encensoir, liturgie, chœurs de moines orthodoxes, crânes, bougies, icônes byzantines de vierge à l’enfant, de Christ en croix... Batushka, c’est encore un OVNI comme le Hellfest sait en proposer. Ce groupe de black metal polonais dont on ne connaît pas les membres car ils sont masqués ne peut pas trouver de comparaison possible. Un seul album : Litourgiya. On est carrément devant un office religieux. A part deux ou trois personnes qui lancent un pogo inapproprié, le public a bien compris qu’on est là pour se taire et écouter. Un black metal progressif à la fois mélodique et très violent soutenu par une voix hurlante directement venu de la profondeur des Enfers ! Un concert de Batushka, pour les amateurs de musique extrême, reste un souvenir inoubliable !



Conclusion : quoi, c’est déjà la fin ? Mais pourquoi le dernier train pour Nantes est à 21h53 le dimanche soir ? Je voulais rester ! Je ne peux pas rester voir Septic Flesh ou Ensiferum ? Bon, on va pas se plaindre ; avec une affiche éclectique qui combinait punk, hardcore, hip-hop, black metal indus, folk ou speed-trash, ce fut encore une bien belle édition que ce Fest ! Sur ce, j’m’en retourne fredonner Mother North ! « Ooooooohoooooh ho, Oooooohoo hohooo ! »